Dec 20

J’ai les nerfs
à fleur de peau
le cœur
à fleur de peine
je me dévide
corps et âme
dans le vide
je m’en vais
à contrecœur
vers là -bas
vers ailleurs
fatigué d’ici
écœuré de la guéguerre
des dictateurs
ceux de jadis et de naguère
ceux d’hier et d’aujourd’hui
de leur ignominie
de leurs mains
tachées de sang
j’ai la nausée
face à ces humains
sans humanité
qui vivent de haines
insensibles aux chagrins
à la misère et à la mort
je m’en vais
avec des haut-le-cœur
vers une autre planète
inconnue
que personne n’habite
je m’enfuis
seule la nuit
emportant avec moi
mon impuissance
ma colère et mon cri
pendant que par terre
se dessinent tout en noir
les profils assassins
de ces politicards

 

Dec 20

Par quel triste automne
l’arbre fut-il dépouillé
elle coule
coule la rivière
l’eau passe trépasse
et s’use la pierre
je suis seule
face à mon regard
seule
avec ma peine sauvage
qu’il me faut apprivoiser

 

 

vent
souffle de vent
fraicheur
entre les branches vertes
odeurs fanées
qui doucement
doucement se dispersent
où sont les aurores
où sont les crépuscules
le temps seul est là
déformé
ridicule

 

 

et je m’évade
je pousse dans le rêve
loin de la rade
ma poupe lourde de sève
le pavillon bat
à la mesure du vent
à la mesure du temps
brusque choc
vibrante ossature
lorsque sur la coque
grincent les déchirures

 

 

 

je suis seule
sur un récif
battant dans le vent
au rythme du temps
mes profondes blessures
seule sous les saules
et se dérobe la blanche épaule
à ma douleur
je regarde la pluie
creuser de ses doigts fins
le sable qui fuit
du creux de ma main

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